Le 13 juin 2025, un groupe de 123 députés français, parmi lesquels Jean-Marc Zulesi, Paul Midy, Philippe Latombe ou encore Benjamin Haddad, a déposé un amendement (n° 547) dans le cadre du projet de loi sur la “programmation nationale et simplification normative dans le secteur économique de l’énergie”. Cet amendement ne vise pas à autoriser directement le minage de Bitcoin sur le territoire, mais à commander une étude gouvernementale afin d’examiner dans quelles conditions cette activité pourrait servir à améliorer la gestion du système électrique français.

Cet amendement, soutenu par l’ADAN (Association pour le Développement des Actifs Numériques), marque une étape symbolique : c’est la première fois que le minage de cryptos est envisagé en France sous un angle énergétique et stratégique, loin des clichés habituels sur son impact environnemental ou son usage spéculatif.
Un enjeu lié à la spécificité du nucléaire français
Avec plus de 70 % de sa production électrique provenant du nucléaire, la France dispose d’une électricité faiblement carbonée… mais difficilement flexible. Les réacteurs nucléaires produisent de l’énergie en continu, même lorsqu’elle n’est pas nécessaire, ce qui engendre régulièrement des surplus sur le réseau, notamment la nuit ou en périodes de faible consommation.
Ces excédents ne sont pas sans conséquence : ils peuvent entraîner des prix négatifs sur les marchés de gros et imposer des arrêts ou redémarrages fréquents des centrales, coûteux et nuisibles à leur durabilité. C’est précisément pour répondre à cette problématique que les députés proposent de considérer le minage de Bitcoin comme outil de consommation flexible, capable d’absorber les excédents d’électricité à la demande.
Le minage comme régulateur de charge
Contrairement à d’autres usages industriels, le minage de Bitcoin présente une grande souplesse opérationnelle. Les machines peuvent être mises en service ou arrêtées en quelques secondes selon l’offre disponible sur le réseau. Elles peuvent être installées à proximité immédiate des centrales, voire dans d’anciens sites industriels désaffectés, ce qui évite les pertes de transport et renforce la cohérence territoriale.
Le rapport demandé au gouvernement devra ainsi étudier dans quelle mesure le minage pourrait jouer un rôle tampon, en activant ou désactivant la consommation selon les pics de production. En valorisant cette électricité autrement perdue, la France pourrait optimiser l’usage de son parc nucléaire sans en augmenter la production.
Une opportunité industrielle, territoriale et numérique
Les députés à l’origine de l’amendement ne s’arrêtent pas à l’argument énergétique. Ils mettent également en avant le potentiel économique et territorial d’une filière nationale de minage. En réutilisant des sites industriels inoccupés, cette activité permettrait de relocaliser de la valeur, de créer des emplois spécialisés, et de réduire la dépendance aux infrastructures numériques étrangères.
Autre piste évoquée : la valorisation de la chaleur fatale générée par les machines. Ce surplus thermique pourrait être réutilisé dans des réseaux de chauffage urbain ou d’usines, comme cela se fait déjà dans certaines installations de minage en Suède ou au Canada.
L’étude commandée au gouvernement devra également estimer les bénéfices économiques indirects, les conditions nécessaires à l’émergence d’une filière “bas-carbone”, et les éventuelles synergies avec d’autres industries (stockage, IA, edge computing…).
Le contenu précis de l’étude demandée
L’amendement fixe des attentes claires. Le rapport devra être remis au Parlement dans un délai d’un an après promulgation de la loi. Il devra examiner :
- L’utilité du minage pour absorber les surplus de production et stabiliser les prix de l’électricité ;
- Les impacts sur la longévité des installations nucléaires, via une réduction des cycles de modulation ;
- Les perspectives de reconversion de friches industrielles ;
- Les conditions pour intégrer ces usages dans la planification énergétique nationale et régionale ;
- Les opportunités de développement d’une filière française de minage bas-carbone, utilisant uniquement de l’énergie nucléaire ou renouvelable.
