Le vent a tourné. Alors que l’année 2025 s’était terminée sur une euphorie sans précédent pour l’IA, ce début d’année 2026 marque un tournant brutal. La publication du dernier rapport de Citrini Research, intitulé de manière provocatrice « Dystopian AI », a agi comme une décharge électrique sur les marchés financiers. Nous avons eu d’ailleurs l »occasion d’en parler en Morning ce matin en live sur WEN.
En quelques heures, des géants comme DoorDash, Grab et Toast ont vu leurs capitalisations boursières fondre, entraînant dans leur chute une remise en question globale du ROI (retour sur investissement) de l’IA.
Voici pourquoi ce rapport a agité la Silicon Valley et les investisseurs au global.

La SaaS-pocalypse, ou quand l’IA cannibalise ses propres créateurs
Jusqu’à présent, le discours dominant était simple : l’IA va rendre les logiciels plus puissants et plus chers. Easy. Citrini Research prend le contrepied total de cette thèse.
Selon le papier, l’IA générative n’est pas un levier de croissance pour le modèle SaaS, mais plutôt un agent de destruction créatrice. En rendant le codage et le développement de logiciels quasi gratuits et accessibles à tous, l’IA fait s’effondrer les barrières à l’entrée.
- La fin du « Pricing Power » : Pourquoi payer un abonnement mensuel coûteux à une plateforme logicielle quand un agent IA peut générer une solution personnalisée et gratuite en quelques minutes ?
- La commoditisation du code : Le logiciel perd sa valeur de rareté. Citrini prédit une chute massive des marges pour les entreprises tech traditionnelles.
Les intermédiaires dans le viseur
Le rapport ne se contente pas de théories ; il cible des modèles économiques bien précis : ceux des intermédiaires de la « Gig Economy ».
- DoorDash & Grab : Citrini estime que l’automatisation totale (robots de livraison et logistique autonome pilotée par IA) permettra aux commerçants et restaurants de gérer leurs propres livraisons sans passer par une plateforme tierce qui prélève 30 % de commission. L’intermédiaire devient obsolète.
- Toast : Le spécialiste des systèmes de gestion pour restaurants est en première ligne. Le rapport affirme que des agents IA autonomes et gratuits remplaceront bientôt les logiciels de gestion de commande et de stocks payants.
La sanction a été immédiate : ces titres ont enregistré des baisses à deux chiffres en une seule séance.
Le grand basculement psychologique sur l’IA ?
Nous assistons à un changement de paradigme chez les investisseurs. L’enthousiasme du « tout-IA » laisse place à une analyse plus sombre : l’IA est déflationniste.
Si l’IA permet de produire plus avec moins, elle réduit aussi mécaniquement le chiffre d’affaires des entreprises qui facturaient autrefois l’effort humain ou la complexité technique. Ce que les marchés commencent à intégrer, c’est que l’IA pourrait bien détruire plus de valeur boursière chez les acteurs établis qu’elle n’en crée chez les nouveaux venus.
